- La violence ouverte et le terrorisme religieux. -

Laurent Laot, prêtre et professeur de droit E.R. à l'UBO,


Je suis d’une génération qui a connu de nombreux drames. Je pense notamment à la guerre d’Algérie. Lors de mon service militaire, effectué dans ce pays entre 1959 et 1961, j’ai pu voir par moi-même à quel point l’humanité était capable du pire, parfois…

 

Mais dans ma vie, j’ai aussi pu voir à quel point celle-ci était aussi capable du meilleur. Et c’est ce qui me trouble beaucoup aujourd’hui : comment, une fois encore, en arrive-t-on à ce type d’extrémités ? Pourquoi retombe-t-on dans ce niveau de violence encore et toujours, malgré les enseignements de l’histoire ?

 

"Un si fragile vernis d’humanité", a écrit si justement le philosophe Michel Terestchenko à propos de la banalité du bien et du mal… Depuis le drame, je ne cesse d‘être obnubilé par le pourquoi de tels gestes, par notre responsabilité collective – et je m’inclus dans ce "nous".

 

Faire preuve de raison et de sagesse

 

Au lendemain de l’assassinat de Jacques Hamel, au-delà du pourquoi, je suis également frappé par le vocabulaire martial qui résonne un peu partout.

 

Nombre de responsables politiques – notamment de l’opposition – et certains médias parlent de "guerre", de "martyr"… À cette surenchère indécente et dangereuse, je préfère la pudeur des mots. Car l’emploi d’un tel vocabulaire participe selon moi à la propagation dans notre société d’un sentiment de peur et de violence dont on pourrait se passer.

 

En interrogeant sur le vif des individus confrontés au choc des images, en attaquant le gouvernement à chaud, on privilégie l’émotion à la réflexion. Or ce n’est pas la peur et les sentiments qui doivent aujourd’hui guider nos actes et nos pensées. Répondre à la barbarie par de la barbarie serait une terrible erreur de notre part.

 

La force de notre société démocratique n’est pas là. J’estime que nous devons au contraire répondre à de tels actes par encore plus d’humanité et nous efforcer de transformer l’émotion en raison et en sagesse. Ce drame est un appel à travailler plus que jamais notre humanité. Et non à y renoncer.

 

Non, je n’ai pas peur

 

Lors des deux années que j’ai passées en Algérie, j’ai ressenti ce que l’on appelle la peur. Aujourd’hui, non. Je refuse de tomber dans la psychose. Collectivement et individuellement, nous ne devons pas nous soumettre à ce genre d’émotions mais répondre plutôt par le plaisir de vivre. C’est seulement ainsi que nous lutterons, et résisterons.

 

J’ai toujours été un optimiste raisonné. J’ai envie de croire que les tragédies que nous vivons actuellement ne vont pas conduire à un recul, à une marche arrière de notre société sur le plan de l’humanisme. Car ce qui se passe actuellement justifie bel et bien la fraternité entre croyants, entre croyants et non croyants, que notre société défend et cherche à garantir.

 



Laot, Laurent

Université du temps libre du Pays de Concarneau - 26 Rue du Maréchal Foch – 29900 CONCARNEAU.