- La Bretagne en mai 68. -

 

Christian Bougeard, professeur émérite d'histoire contemporaine à l'UBO ( université de Bretagne ouest).

 

 Les évènements de Mai 68 ont concerné l’ensemble du pays, il s’est passé des choses partout, y compris dans les petites villes. La Bretagne a une certaine spécificité. Le mouvement y a été très intense. Et puis, on peut en trouver des traces avant, puisqu’il y a des prémices à la mobilisation, et ensuite des prolongements dans la durée.

Au début des années 1960, à quoi ressemble la Bretagne ?

À la fin de la Quatrième République, dans une France en plein essor économique qui entre dans les Trente Glorieuses, la Bretagne – c’est la perception que les Bretons en ont – considère que son développement n’est pas à la hauteur de ce qu’il devrait être. D’où l’importance de la mobilisation du Célib et les inquiétudes des jeunes diplômés qui sont souvent obligés d’aller travailler à l’extérieur de la région. Ce sentiment existe, même si les choses sont en train de bouger. L’autre élément important, c’est qu’il y a des mutations, dans le monde agricole en particulier, qui sont fortes et très rapides. Elles vont créer des mobilisations paysannes dès le début des années 1960. Il y a ceux qui sont très inquiets pour leur avenir, qui ont peur du marché commun agricole. C’est vrai que beaucoup de petites exploitations vont disparaître très vite. Et puis, il y a des jeunes agriculteurs qui trouvent que ça ne bouge pas assez vite et qui sont favorables à la modernisation de la région. Ils trouvent que l’État ne prend pas les choses en main assez rapidement. Cela crée, pour des raisons différentes, une certaine angoisse.
L’originalité de la Bretagne, ce sont ces grandes mobilisations, comme la guerre de l’artichaut dans le Léon. La Bretagne s’embrase très facilement. La fameuse prise de la sous-préfecture de Morlaix en 1961, qui est en réalité symbolique, va donner le coup d’envoi. L’État central réagit souvent de manière un peu brutale, il ne comprend pas bien ce qui se passe et il refuse surtout de prendre en considération de manière particulière les demandes des Bretons.
En même temps, le paradoxe, c’est qu’à côté de ces mobilisations très fortes, la Bretagne soutient massivement le général de Gaulle, de 1958 jusqu’à son départ, et ensuite Pompidou et Giscard. La Bretagne reste très à droite et centriste durant toute la période.

 la première occupation d’usine de Mai 68 est celle de Sud-Aviation, à Bouguenais, au sud de Nantes. Le mouvement a donc commencé en Bretagne !

 C’est peut-être le hasard du calendrier, mais dès le lendemain de la journée de grève générale du 13 mai, organisée en protestation contre la répression des étudiants au Quartier latin à Paris, ce début d’occupation de Sud-Aviation à Bouguenais déclenche la plus grande grève générale de l’histoire française.



Bougeard, Christian

Université du temps libre du Pays de Concarneau - 26 Rue du Maréchal Foch – 29900 CONCARNEAU.