- L'intestin, un 2 ème cerveau. -

Par Aurélie Massaux, médiatrice scientifique.

Depuis les grands anatomistes du XIXe  siècle, on pensait connaître tous les organes du corps humain. Pourtant, il n’en est rien. Grande en effet a été la surprise de s’apercevoir que l’homme était doté d’un «deuxième cerveau»  ! la majorité des microbiologistes, gastro-entérologues et autres neurobiologistes s’accordent aujourd’hui pour affirmer que l’intestin et ses résidents bactériens sont bien plus qu’un simple conduit, qu’une simple machine à digérer. 

Ils constituent un véritable organe, complexe, vital même, capable de nous fournir des vitamines, de participer à notre système de défense immunitaire, de sécréter des substances actives, d’exprimer des sensations («avoir la boule au ventre», «avoir des tripes», «la peur au ventre»), voire de jouer sur notre humeur et nos sentiments. Plus encore, les bactéries que nous hébergeons font partie de notre identité biologique !

Long tube d’environ 8 mètres, lové sur lui-même au sein de la cavité abdominale, l’intestin s’avère plus surprenant qu’on ne le pensait. Siège de la digestion, il a régulièrement la bougeotte, notamment quand le bol alimentaire descend tout au long de l’appareil digestif. En fait, il bouge grâce à un ensemble de nerfs, de ganglions, et de neurones qui tapissent sa paroi. Un ensemble nerveux, aussi gros que le cerveau d’un chat, qu’on appelle le « système nerveux entérique », indépendant et autonome, bien qu’il dialogue en permanence avec le cerveau.

Au point qu’en 1999, un neuro-gastro-entérologue de l’université Columbia à New York, Michael Gershon, le qualifia donc de ce terme étonnant, de plus en plus repris par essais ou documentaires télévisuels, le «deuxième cerveau».

 Délocalisé en quelque sorte, le «deuxième cerveau» peut ainsi assurer une fonction vitale, énergivore et chronophage, la digestion, même si la personne est dans le coma ou victime d’une lésion de la moelle épinière.

«Du point de vue de l’évolution, il y a 3 millions d’années, les australopithèques comme Lucy étaient dotés de fortes mâchoires mais d’un petit tube digestif de 1,20 mètre de long, rappelle Brigitte Senut, paléoanthropologue CNRS-MNHN. Aussi, passaient-ils beaucoup de temps à mastiquer des racines et tubercules coriaces et leur digestion était lente.»  

Avec l’avènement d’Homo habilis, le cerveau augmente de taille et le régime alimentaire devient plus carné, entraînant une diminution du temps de mastication. Quant à Homo erectus, il invente le feu et la cuisson, ce qui a pour avantage de diminuer encore la mastication, de tuer les toxines alimentaires et de faciliter l’absorption intestinale. Enfin, avec Homo sapiens, le volume de l’encéphale croît : ce dernier va pouvoir s’occuper de choses complexes, l’intestin se cantonnant à gérer la digestion.

les gènes du microbiote contenu dans l’intestin facilitent la digestion, notamment en dégradant les fibres des fruits et légumes, stabilisent la tension artérielle, métabolisent les médicaments, produisent des vitamines, des acides aminés et même une sorte de Valium et, enfin, protègent la muqueuse intestinale contre l’installation éventuelle de «mauvaises bactéries» et de virus, le combat faisant alors rage entre micro-organismes.

D’un poids d’environ 2 kg, le microbiote est une véritable armée de plus de 100 000 milliards de cellules bactériennes, forte d’une dizaine de milliers d’espèces différentes.

Mais comment le microbiote a-t-il bien pu coloniser notre intestin ? Le fœtus étant dans un milieu quasi stérile, son tube digestif est, lui aussi, indemne de toute bactérie. Toutefois, à la naissance, lors de l’accouchement par voie basse, la rupture des membranes protectrices fait que le bébé est mis en contact avec les bactéries vaginales et intestinales de sa mère. Ces dernières conquièrent alors ce nouveau milieu, et ce durant les deux premières années de vie.                                                   



Massaux, Aurélie

Université du temps libre du Pays de Concarneau - 26 Rue du Maréchal Foch – 29900 CONCARNEAU.