- La bataille de l'industrie. -

 

 


La nouvelle vie de Loïk Le Floch-Prigent

Paris Match||Mis à jour le 
Loik Le Floch-Prigent. FRED TANNEAU / AFP

L’ancien patron du groupe Elf est devenu le bon samaritain des industriels français. 

On lit dans votre dernier livre un hommage aux pères de l’industrie française, une critique acerbe de l’intelligentsia parisienne. N’avez-vous pas une revanche à prendre sur ceux qui vous ont tourné le dos après l’affaire Elf ?

Non la revanche n’est pas ce qui m’anime, mais la lutte contre le déni de réalité et la nécessité de redonner de l’espoir à notre jeunesse. Certains professent des règles économiques que je considère absurdes qui ont des conséquences néfastes sur l’industrie ou conseillent nos élites n’ont jamais rien accompli en matière industrielle ou entrepreneuriale. Pour ma part, j’ai dirigé quatre entreprises qui ont toutes marché. Je n’ai pas vraiment de complexes à avoir. En plus, je ne suis pas le seul à penser cela. Beaucoup de gens que je rencontre me disent que l’avenir de la France ne se joue plus à Paris. J’entends souvent dire qu’à Paris, « il n’y a plus que des énarques qui font n’importe quoi ». Vous savez quand j’avais 9 ans à Guingamp, mes maitres me disaient: «puisque tu es bon à l’école, plus tard tu iras à Paris.» Aujourd’hui c’est le contraire, la réussite c’est de travailler en région. Je crois même que le sursaut industriel viendra des provinces et sûrement pas de nos élites parisiennes.

 "Incitons les épargnants à se tourner vers l’industrie locale"

Est-ce pour cela que vous faites des tournées, comment cela se passe ?
Ceux qui veulent mes conseils viennent me chercher à la gare et m’offrent une nuit dans un hôtel du coin. Cela m’est arrivé récemment à Quimper, à Brest et en Alsace. Je vais poursuivre ce tour de France qui est passionnant. J’essaie d’aider les industriels à se poser les bonnes questions. Je réfléchis aussi aux types de produits qui pourraient décider les épargnants à investir dans l’industrie. Par exemple, j’ai soumis l’idée à des industriels de relancer  vraiment la bière alsacienne traditionnelle de qualité. Elle n’est produite que de manière confidentielle. Pourtant, le modèle économique est viable et on n’a pas besoin d’être diplômé de l’Essec pour comprendre comment élaborer un plan marketing ! Après je rentre dans les détails sur la métallurgie, la chimie, la mécanique, l’énergie … car toutes techniques doivent être mises en œuvre.

 Quel est votre objectif à terme ?
Il faudrait créer un outil pour rapprocher les investisseurs potentiels, les épargnants, des projets attractifs. Par exemple un fonds d’investissement régional. Il faut inciter les citoyens à se tourner vers l’industrie locale pour l’aider à se développer. Ce serait plus constructif que de placer leurs économies sur des produits financiers indifférenciés ou des assurances-vie qui servent ensuite à financer la dette grecque ou des Subprimes aux USA ! L’industrie locale, ce sont les emplois de demain. Des emplois pérennes dont nous manquons. Idéalement, ce fonds serait doté d’un traitement fiscal favorable. Cela se justifie puisque l’objet est d’investir dans le long terme dans l’industrie de proximité.   

L’imagination viendra des hommes de terrain


 



Le Floch-Prigent, Loïk

Université du temps libre du Pays de Concarneau - 26 Rue du Maréchal Foch – 29900 CONCARNEAU.