- Le voyage littéraire : le Finistère vu par Gustave Flaubert et Maxime Ducamp dans « Par les champs et par les grèves » -

Par Albert Foulon, maître de conférences en langue et littérature latines,(e.r.)

Gustave Flaubert

Flaubert découvre la campagne bretonne en 1847. 

 
 

1847. Flaubert et son ami Du Camp traversent d'Anjou en Bretagne une campagne française où gronde déjà la Révolution de février 1848. Les récoltes sont mauvaises, les paysans en colère. 

En mai 1847, Gustave Flaubert et son ami Maxime Du Camp entreprennent un voyage de deux mois qui doit les mener des châteaux de la Loire à la Normandie. Leur projet est d'écrire chacun à leur tour le compte rendu de leur périple en se partageant les chapitres. A Flaubert les impairs, à Du Camp les pairs. Le présent volume s'attache à leurs pas lorsqu'ils sillonnent la Bretagne. Munis de leurs bâtons, de leurs sacs et de leurs pipes, ils prennent d'abord la direction du château de Suscinio, y croisent brebis et taureaux qui les flairent sans crainte. Une omelette au lard à Le Logeo, "petit port arrondi autour d'une anse de sable jaune", puis ce sont les îles d'Arz et aux Moines ; Carnac et ses pierres ; Belle-Ile et ses roches ; la "plaisante" ville d'Hennebont ; Quimperlé, "une des plus agréables bonnes fortunes que nous ayons rencontrées dans notre voyage", à en croire l'auteur de Madame Bovary. Devant eux, les hommes arborent des chapeaux de feutre noir et les femmes de grands bonnets blancs "qui s'avancent devant leur visage comme ceux des religieuses et, par-derrière, retombent au milieu du dos". A Sainte-Anne-d'Auray, Du Camp se fait railleur. "O, bonne Madame d'Auray, puisque vous êtes si puissante, délivrez-nous des créanciers, des obstructions d'estomac, des omnibus et des feuilletons", lance-t-il à la sainte retrouvée au XVIIe siècle dans un champ de blé par un laboureur nommé Nicolazic. Sainte qui a fait "tant de miracles qu'on a jugé à propos de lui élever une chapelle d'un pitoyable style au milieu d'une grande cour accompagnée de chaque côté de bâtiments cellulaires" !  

Flaubert n'est pas en reste, lui qui se demande alors qu'il contemple une "épouvantable toile" dans une église : "Mais qu'y a-t-il donc dans le coeur de l'homme pour que toujours et sans cesse il le jette sur toute chose et se cramponne avec une ardeur pareille au laid comme au beau, au mesquin comme au sublime ?" Suivez-les "à l'aventure, par les champs et par les grèves". 

 
 


La Bretagne, pourtant, s'achemine sans le savoir vers une forme de renaissance.

  • Démographique d'abord : après une hémorragie considérable entre 1770 et 1789 (-100.000 habitants), la Bretagne est un pays en voie de repeuplement. Revers de la médaille : la misère s'y aggrave, poussant les Bretons toujours plus loin vers l'Est. 
  • Renaissance culturelle ensuite : en 1839, la publication du « Barzaz-Breiz » par Hersart de la Villemarqué inaugure une décennie marquée par de nombreuses créations. Recueils de chants, poésies et danses, contes du breton par La Villemarqué, Luzel, Lédan, Penguern. 
  • En 1847, l'édition du dictionnaire français-breton de Le Gonidec entraîne une longue série de travaux philologiques et lexico-graphiques pour faire de la langue bretonne une langue écrite, adaptée au monde moderne et urbain. Le gallo connaît lui aussi une forme de renouveau.




Foulon, Albert

Université du temps libre du Pays de Concarneau - 26 Rue du Maréchal Foch – 29900 CONCARNEAU.