- L'homme change la mer, la mer change le poisson. -

Par José-Luis Zambonino, directeur de recherche à l'Ifremer et Gu Claireaux, professeur à l'UBO-écophysiologie, écotoxicologie et énergétique des poissons.


Acidification des océans : la menace invisible

La menace est invisible. Pourtant c’est l’une des conséquences du réchauffement climatique, qui pourrait modifier en profondeur la biodiversité marine : l’acidification de la mer. Un phénomène déjà en marche même si en Bretagne, les effets ne se feraient sentir que vers 2080.


 
acidification des océans

 

Chaque mois, les scientifiques de la station marine de Roscoff se rendent en rade de Brest pour réaliser des prélèvements. Prélèvements d’eau de mer pour mesurer sa température, sa salinité, son PH. Mais aussi prélèvements de maërl, une petite algue calcaire que l’on trouve au fond de la mer et qui à l’instar du corail, abrite une multitude d’animaux : le maërl leur sert un peu de garde-manger.

LE MAËRL MENACÉ PAR L’ACIDIFICATION


Jusqu'à présent, c’est surtout l’exploitation à des fins agricoles ou industrielles mais aussi la pêche qui ont mis le maërl  en danger. Depuis 2010, il est protégé tout en restant placé sous haute surveillance. Car si la température de la planète et donc celle de la mer augmente, comme le redoutent les scientifiques, le maërl  pourrait tout simplement disparaître. La faute à l’« acidification ».
Le PH des océans se situe aujourd’hui en moyenne autour de 8,1 mais il pourrait descendre à 7,8 voire 7,6 dans le pire des scénarios.
A noter que le PH serait toujours « basique » car un PH devient « acide » à 7, mais on parle néanmoins d’« acidification » pour expliquer cette baisse. Un phénomène assez simple à comprendre.

QU’EST CE QUE L’ACIDIFICATION ?


La mer absorbe aujourd’hui près d’un quart du dioxyde de carbone qui se trouve dans l’atmosphère. Ce qui permet notamment de ralentir le réchauffement de la planète. Lorsque le CO2 se dissout dans l’eau, de l’acide carbonique se forme et c’est ce qui favorise une baisse du PH des océans. Depuis 1850 et la hausse de l’activité industrielle sur la planète, il aurait déjà baissé de 30%. Une baisse de 0,3 du PH comme le craignent les scientifiques correspondrait à 170% d'acidification en plus ! Du jamais vu depuis … 252 millions d’années. A cette époque, d’importantes éruptions volcaniques avaient envoyé de grandes quantités de dioxyde de carbone dans l’atmosphère et donc dans les océans, provoquant leur acidification. 96% des espèces marines avaient alors disparu.


EXPÉRIMENTATIONS SUR LE MAËRL


Dans ces conditions, le maërl aura bien du mal à survivre car il est riche en magnésium et particulièrement soluble dans une eau plus acide. Comme la plupart des organismes calcaires : huîtres, moules, coquilles Saint-Jacques et bien-sûr le corail. Tous sont donc aujourd’hui menacés par une baisse du PH.
Dans la station marine de Roscoff, les scientifiques cultivent du maërl  dans des eaux au PH plus ou moins élevé. Sophie Martin, responsable de l’étude peut déjà tirer les premières conclusions de cette expérimentation. Dans le pire des scénarios, le maërl pourrait disparaître et dans le meilleur des cas s’adapter. Mais à quel prix et avec quelles conséquences pour la biodiversité ? Nul aujourd’hui n’est capable de le dire.

Ifremer étudie l'impact de l'acidification des océans sur le maërl © France 3 Bretagne

© France 3 Bretagne Ifremer étudie l'impact de l'acidification des océans sur le maërl 


LES EFFETS SUR LES POISSONS


Mais si les organismes à coquilles sont particulièrement vulnérables, qu’en est-il pour les poissons ? A l’Ifremer de Brest, José-Luis Zambonino dirige un labo où l’on se penche sur le sort des bars.
Comme nombre de poissons, cette espèce souffre du réchauffement des océans. Les bars ont tendance à migrer dans des mers plus clémentes, au nord de l’Europe, laissant la place à des espèces qui vivaient jusque là plus au sud. Mais on ne connaît pas encore l’impact que pourrait avoir l’acidification sur les poissons. D’après les études menées en labo par José-Luis Zambonino, la performance de nage des bars est diminuée. Ils sont donc des proies plus faciles pour les prédateurs. De plus, lorsque le poisson manque d'oxygène, il peut être plus petit. L’acidification pourrait aussi avoir un impact sur la reproduction de certaines espèces mais là, les études sont encore trop récentes pour être fiables.

© Ifremer

© Ifremer


DES EFFETS VISIBLES DANS AU MOINS CINQUANTE ANS


Dans certaines zones du monde, aux pôles notamment, mais aussi aux Etats-Unis ou l’acidification est déjà responsable d’une forte mortalité des huîtres, les conséquences du réchauffement se font déjà sentir.
En Bretagne, les chercheurs estiment qu’elles ne devraient pas être visibles avant une bonne cinquantaine d’années. A condition que la hausse des températures ne soit pas plus importante que prévue. Et cela, personne aujourd’hui n’est capable de le dire avec certitude. Seule certitude,l’acidification impactera non seulement les espèces mais toute l’activité économique qui en découle comme la pêche.
C’est pour cette raison que l’acidification des océans est désormais considérée comme l’un des effets les plus préoccupants du changement climatique, pris en compte par les experts du GIEC.


 

 
 
MAG 6 : acidification et réchauffement des océans 

Le magazine d'Isabelle Rettig tourné à Brest, Roscoff et Plouzané (29) - Interviews : Erwann Legrand, étudiant en 2ème année de thèse-Université Bretagne Occidentale - Sophie Martin, chargée de recherche -Station Biologique de Roscoff - José-Luis Zambonino, directeur de recherche Ifremer - Paul Tréguer, océanographe, Institut Universitaire Européen de la Mer - Bertrand Chapron, directeur du Laboratoire d'Océanographie Spatiale-Ifremer Brest  -   -  

Interviews :
- Erwann Legrand, étudiant en 2ème année de thèse-Université Bretagne Occidentale
- Sophie Martin, chargée de recherche -Station Biologique de Roscoff
- José-Luis Zambonino, directeur de recherche Ifremer
- Paul Tréguer, océanographe, Institut Universitaire Européen de la Mer
- Bertrand Chapron, directeur du Laboratoire d'Océanographie Spatiale-Ifremer Brest

 

Etudier l’acidification depuis la Bretagne

Si nombre de chercheurs travaillent sur l’impact de l’acidification sur les espèces marines, d’autres étudient l’impact du réchauffement climatique sur les océans : températures, salinité, PH, rien ne leur échappe.
Une collaboration Transmanche, dans le cadre du programme européen Marinexus a permis aux scientifiques de Plymouth en Angleterre et de Roscoff, de placer des capteurs  sur les ferries qui effectuent les liaisons quotidiennes. Ces ferry-box permettent depuis  plusieurs années maintenant d’analyser l’eau de mer au jour le jour et de mieux comprendre les effets du réchauffement.

Des données apportées par les satellites

Des satellites permettent désormais de connaître l’état de la mer à l’échelle de la planète. Coordonnée depuis le laboratoire d’Océanographie Spatiale d’Ifremer à Brest, cette étude implique des chercheurs français et anglais qui travaillent à partir de données fournies par des satellites européens, américains et japonais. On sait désormais quelles zones océanographiques sont les plus concernées par le réchauffement (le Pacifique, les pôles). Elle fournit des informations capitales sur le réchauffement climatique et l’acidification des océans.



Zambonino, José-Luis

Université du temps libre du Pays de Concarneau - 26 Rue du Maréchal Foch – 29900 CONCARNEAU.